Facture en autoliquidation : définition et mentions obligatoires

Découvrez comment établir une facture en autoliquidation conforme.

Par Albane Patureau Mirand

10/9/2026

Facture en autoliquidation : définition et mentions obligatoires

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Sommaire

À retenir

  • Avec l’autoliquidation, le fournisseur facture hors taxe et le client déclare lui-même la TVA. L’opération reste neutre pour sa trésorerie s’il peut déduire intégralement cette taxe.
  • La facture doit porter la mention « Autoliquidation » et, selon l’opération, la référence juridique correspondante. Pour les échanges intracommunautaires, les numéros de TVA du vendeur et du client doivent également être vérifiés.
  • À compter du 1er septembre 2026, les références au CGI sont remplacées par celles du CIBS. Le mécanisme d’autoliquidation et la mention obligatoire restent toutefois inchangés.

Une facture en autoliquidation peut surprendre au premier regard : aucun montant de TVA n’y figure, mais la taxe n’a pas disparu pour autant. C’est simplement au client, et non au fournisseur, de la déclarer et de la payer, notamment lors d’échanges intracommunautaires, d’importations ou de travaux sous-traités dans le BTP. Définition, opérations concernées et mentions obligatoires : faisons le point pour établir une facture conforme sans compliquer sa gestion.

Qu’est-ce que l’autoliquidation de la TVA ?

En temps normal, le vendeur ajoute la TVA à sa facture, l’encaisse auprès de son client, puis la reverse à l’administration fiscale. Avec l’autoliquidation, la logique s’inverse : la charge de la TVA passe du vendeur au client.

Le vendeur établit donc une facture hors taxe. Il ne collecte aucune TVA sur l’opération. De son côté, le client calcule la taxe au taux applicable dans son pays, puis la reporte dans sa propre déclaration de TVA.

Lorsque le client dispose d’un droit à déduction intégral, il déclare généralement la TVA collectée et la TVA déductible au cours de la même période. Les deux montants se compensent. L’opération reste alors neutre pour sa trésorerie. Si son droit à déduction est limité ou inexistant, il devra en revanche payer tout ou partie de la taxe sans pouvoir la récupérer.

Ce mécanisme simplifie notamment les échanges transfrontaliers. Il évite au fournisseur de devoir s’immatriculer à la TVA dans le pays de chacun de ses clients professionnels. Il permet aussi de mieux sécuriser la collecte de la taxe dans certains secteurs exposés à la fraude.

Dans quels cas s’applique l’autoliquidation de la TVA ?

L’autoliquidation ne concerne pas toutes les factures entre professionnels. Elle intervient dans des situations précises.

Les échanges intracommunautaires

Lorsqu’une entreprise française vend des biens à une entreprise assujettie établie dans un autre pays de l’Union européenne, la livraison peut être facturée hors taxe si les conditions de l’exonération sont remplies. Le vendeur doit notamment vérifier le numéro de TVA intracommunautaire de son client et pouvoir prouver le transport des biens vers un autre État membre. L’acquéreur déclare ensuite la TVA dans son pays.

Le principe est proche pour la plupart des prestations de services B2B intracommunautaires. Le prestataire facture hors taxe et le client autoliquide la TVA dans l’État où il est établi. Certaines prestations suivent toutefois des règles particulières, par exemple celles qui se rattachent à un immeuble ou à l’accès à un événement. Il faut donc vérifier le lieu d’imposition avant d’émettre la facture.

Les importations

Depuis le 1er janvier 2022, la TVA à l’importation est déclarée directement sur la déclaration de TVA française. Les montants issus des données douanières sont préremplis, mais l’entreprise importatrice doit les contrôler et les compléter si nécessaire.

Dans ce cas, l’autoliquidation ne dépend pas uniquement d’une mention portée sur la facture du fournisseur étranger. Elle repose aussi sur la déclaration en douane et sur le traitement correct de la TVA dans la déclaration de l’importateur.

La sous-traitance dans le BTP

L’autoliquidation s’applique aux travaux immobiliers réalisés par un sous-traitant pour le compte d’une entreprise preneuse assujettie à la TVA. Elle peut concerner des travaux de construction, de réparation, d’entretien, de nettoyage, de transformation ou de démolition liés à un bien immobilier.

Le sous-traitant facture son intervention hors taxe. L’entreprise principale calcule et déclare elle-même la TVA. En revanche, lorsque cette dernière facture les travaux à son propre client, elle applique la TVA selon les règles habituelles.

Les autres opérations prévues par le CGI

Le Code général des impôts prévoit également l’autoliquidation pour plusieurs activités spécifiques. Sont notamment concernées, sous les conditions propres à chaque dispositif :

  • certaines fournitures de gaz naturel et d’électricité, visées à l’article 283-2 quinquies du CGI puis, à compter du 1er septembre 2026, notamment à l’article L. 241-24 du CIBS ;
  • les livraisons et certaines opérations portant sur des déchets neufs d’industrie et des matières de récupération, visées à l’article 283-2 sexies du CGI puis à l’article L. 215-8 du CIBS ;
  • certains transferts de quotas d’émission et de certificats énergétiques ;
  • les services de communications électroniques, dans les situations relevant de l’article 283-2 octies du CGI puis de l’article L. 215-10 du CIBS, principalement sur le marché de gros.

Ces cas restent plus sectoriels. En cas de doute, mieux vaut vérifier la nature exacte de l’opération avant de supprimer la TVA de la facture.

Qui est concerné par l’autoliquidation ?

L’autoliquidation vise principalement les opérations entre professionnels assujettis à la TVA. Elle ne s’applique généralement pas aux ventes réalisées auprès de particuliers, pour lesquelles le vendeur reste chargé de collecter la taxe.

Il faut toutefois distinguer le fait d’être assujetti à la TVA et celui d’être effectivement redevable de la TVA. Cette nuance compte pour les micro-entrepreneurs.

Pourquoi ?

Un micro-entrepreneur bénéficiant de la franchise en base ne facture pas de TVA sur ses ventes françaises habituelles. Ses factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » ou, à compter du 1er septembre 2026, « TVA non applicable, article L. 223-3 du CIBS », et non la mention « Autoliquidation ».

Pour autant, la franchise en base ne l’exclut pas systématiquement du mécanisme. S’il achète certaines prestations de services auprès d’un fournisseur établi dans un autre pays de l’Union européenne, ou s’il dépasse les seuils applicables à certaines acquisitions intracommunautaires de biens, il peut devoir demander un numéro de TVA intracommunautaire, déclarer l’opération et payer la TVA française. Comme il ne bénéficie normalement pas du droit à déduction, cette TVA peut représenter un coût réel.

Dans le BTP, si le sous-traitant bénéficie de la franchise en base, l’entreprise preneuse n’a pas de TVA à autoliquider sur sa prestation. La facture du sous-traitant conserve alors la mention relative à l’article 293 B du CGI ou à l’article L. 223-3 du CIBS, selon la date d’émission.

Pour retrouver toutes les informations à faire figurer sur ce document, consultez notre guide consacré à la facture d’auto-entrepreneur.

Comment faire une facture en autoliquidation ?

Tout d’abord, avant de facturer, il faut identifier précisément le régime applicable. Une livraison intracommunautaire de biens, une prestation de services à une entreprise européenne et une intervention en sous-traitance dans le BTP ne reposent pas sur la même référence juridique.

1. Émettre la facture hors taxe

Aucune TVA ne doit être ajoutée au prix. Sur la facture, HT = TTC = net à payer, puisqu’aucune taxe n’est encaissée par le fournisseur. Dans la pratique, mieux vaut ne pas afficher une TVA à 0 %, car cela pourrait laisser penser qu’un taux nul s’applique. La facture doit montrer clairement que la taxe est due par le client au titre de l’autoliquidation.

Exemple : pour une prestation facturée 1 000 €, la facture indiquera un total HT de 1 000 € et un net à payer de 1 000 €, sans montant de TVA à régler au fournisseur.

2. Vérifier les numéros de TVA

Pour une opération intracommunautaire, la facture doit en principe comporter le numéro de TVA intracommunautaire du vendeur et celui du client. Le numéro communiqué par le client doit être vérifié avant la facturation. Une erreur ou un numéro invalide peut remettre en cause le traitement hors taxe de l’opération.

3. Ajouter la bonne mention

La mention légale obligatoire est « Autoliquidation » lorsque l'acquéreur ou le preneur est redevable de la taxe. Au-delà de ce cas particulier, la facture doit toujours comporter les mentions obligatoires habituelles. Pour rendre la facture plus explicite, il est possible d'ajouter la référence juridique correspondant à l'opération.

À noter – changement de codification au 1er septembre 2026 : les règles législatives relatives à la TVA, jusqu’alors inscrites dans le Code général des impôts (CGI), sont transférées dans le Code des impositions sur les biens et services (CIBS) à cette date. Le mécanisme de l’autoliquidation et la mention obligatoire « Autoliquidation » ne changent pas. En revanche, la référence juridique complémentaire doit être choisie en fonction de la date d’émission de la facture : ancienne référence au CGI jusqu’au 31 août 2026, puis nouvelle référence au CIBS à compter du 1er septembre 2026.

Voici quelques formulations prêtes à l’emploi :

  • Livraison intracommunautaire de biens : « Exonération de TVA – article 262 ter I du CGI. TVA due par l’acquéreur dans l’État de destination. » Jusqu’au 31 août 2026 ; puis « Exonération de TVA – article L. 213-12 du CIBS. TVA due par l’acquéreur dans l’État de destination. »
  • Prestation de services relevant de la règle générale B2B : « Autoliquidation – article 283-2 du CGI. TVA due par le preneur. » Jusqu’au 31 août 2026 ; puis « Autoliquidation – article L. 215-5 du CIBS. TVA due par le preneur. »
  • Sous-traitance dans le BTP : « Autoliquidation – article 283-2 nonies du CGI. TVA due par le preneur. » Jusqu’au 31 août 2026 ; puis « Autoliquidation – article L. 221-38 du CIBS. TVA due par le preneur. »
  • Déchets et matières de récupération : « Autoliquidation – article 283-2 sexies du CGI. TVA due par l’acquéreur. » Jusqu’au 31 août 2026 ; puis « Autoliquidation – article L. 215-8 du CIBS. TVA due par l’acquéreur. »
  • Services de communications électroniques concernés : « Autoliquidation – article 283-2 octies du CGI. TVA due par le preneur. » Jusqu’au 31 août 2026 ; puis « Autoliquidation – article L. 215-10 du CIBS. TVA due par le preneur. »

Pour une livraison intracommunautaire de biens, la référence à l’article 262 ter I du CGI, puis à l’article L. 213-12 du CIBS, justifie l’exonération française. Pour les services, le BTP et les autres régimes dans lesquels le client devient redevable, la mention « Autoliquidation » doit apparaître sans ambiguïté.

Quels risques en cas de facture non conforme ?

Une erreur sur une facture en autoliquidation peut nécessiter une régularisation auprès de l’administration fiscale. C’est notamment le cas si la mention « Autoliquidation » est absente, si la référence juridique n’est pas la bonne ou si le fournisseur a facturé la TVA par erreur. L’administration peut alors réclamer la taxe due, ainsi que des intérêts de retard et, dans certains cas, des pénalités.

Chaque mention obligatoire absente ou inexacte peut également entraîner une amende de 15 €. Pour une même facture, le montant cumulé de ces amendes ne peut toutefois pas dépasser 25 % du montant facturé.

Dans le BTP, l’entreprise principale qui oublie de déclarer la TVA autoliquidée s’expose à une amende égale à 5 % du montant de TVA déductible. Le sous-traitant doit lui aussi être vigilant : s’il ajoute la TVA alors qu’elle doit être autoliquidée par son client, il peut être tenu de la reverser simplement parce qu’elle apparaît sur la facture. Il devra alors établir une facture rectificative.

Quelques réflexes permettent d’éviter la plupart des erreurs :

  • utiliser un modèle de facture régulièrement mis à jour ;
  • vérifier le pays du client, son statut et son numéro de TVA ;
  • choisir la mention correspondant exactement à la nature de l’opération ;
  • rapprocher les factures des déclarations de TVA et, pour les importations, des données douanières ;
  • conserver les factures et les justificatifs associés afin de prouver le traitement appliqué.

Une fois le bon régime identifié, la facturation reste simple : un montant hors taxe, des identifiants contrôlés et une mention juridique adaptée. 

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